Jeter derrière soi et sur soi un regard plein d’espoir. Alors cette transat retour, quelles impressions ?

Pas facile de suivre l’orthodromie (le chemin le plus court : 2500 miles) des Bahamas aux Açores … On a donc mis 18 jours pour 2777 miles, un peu plus que l’aller car au nord point d’alizés mais un savant dosage entre une vitesse nulle et des pointes à 21.8 nœuds : soit on est au cœur de l’anticyclone et c’est le calme vraiment très très plat et très très long, soit « c’est la ouate que je préfère » des gros nuages dans une queue de dépression et ça surfe intensément, carrément velu et intrépide !

Quatre à Zéraq : dans le jargon maritime c’est le quart de milieu de nuit de zéro à quatre heures du mat’, virilement mené par le capitaine ou la téméraire Ines ! On se partage « les restes », histoire de voir des levers de soleil et des couchers de lune. Pendant les quarts aussi, j’ai découvert la série Borgen, chronique pimentée de Birgitte, Premier Ministre danoise : idéalisme, pragmatisme, accomplissement, doute : Mais c’est tout moi en mer, dites donc !!! Quoique Birgitte envisage toujours plusieurs options, alors oui il existe bien des alternatives et des contre-exemples à mon témoignage : des super barreuses, des navigatrices hors-pair, des flotteuses au long cours …

Quand une nuit … Serait-ce une attaque de Gremlins ? C’est plutôt la complainte stridente du puffin cendré qui nous accueille à Flores, île la plus occidentale d’Europe : ce volatile pélagique revient au nid by night et il s’exprime ardemment. Grand ouf, on aspire à re-devenir WalTERRIENS !

Femme du grand large, tu sais c’est pas si facile … Des femmes exceptionnelles j’en ai croisées et admirées, je viens d’ailleurs de voir passer un BOOMERANG parti avec 4 enfants à bord il y a 2 ans et de retour avec 5 ! Toutefois pour le sens marin, j’assume l’exception, je n’en suis toujours pas le modèle… Pourtant je l’ai fait …

- Premier truc (de fille ?) : avoir un sac à dos assez léger, je ne parle pas de vrai bagage mais de ce qu’on porte avec soi depuis toujours … Sincèrement mieux vaut éviter d’emporter des rancœurs et plutôt emmener un sacré stock d’amour car on en a sérieusement besoin ! Alors décider de commencer à être pour soi une meilleure amie indulgente, bienveillante et stimulante est juste nécessaire… Un vrai couteau suisse incarné. Sur mer, on peut certes compter 3 kifs par jour mais aussi 3 snifs à coup sûr, emmener ses ressources est essentiel. Et quand on a perdu tous les sparadraps et onguents, penser très fort à toutes ses amies est encore une belle possibilité.

En gros et comme toujours, le mieux est de s’assumer : je ne touche pas au moteur, ne monte pas au mât, barre comme je conduis (une légende surnommée Fangio) … alors aux escales et avec les bateaux copains, aller à la rencontre des autres me procure toute l’énergie des traversées de nos Vents d’Anges !

A tous et toutes, notre amitié sincère, des messages dans nos bouteilles à la mer et, à Flores (difficile de dire si c’est le bout ou le centre du monde mais c’est bien «le pouvoir des fleurs » ) merci à André, FLo et Béru, Camille et Marco, Elena et Anatol et les autres.

- Côté « être belle à 40 ans (bien frappés !)», la croisière assure un teint hâlé indéniable … pourtant faut pas se laisser « haler » ! Indice 50 le jour et crème hydratante le soir, girly et desséché ne vont pas bien ensemble ! si c’est pas épidermique, ça peut aussi devenir pileux … Mon slogan « jamais sans ma pince à épiler » … Attention, si le poil pousse « comme les hortensias aux Açores », le cheveu se perd … Sur les bateaux, on en jette des poignées ! Faut pas les négliger, j’ai même connu des filles mieux organisées que bibi et qui ont exigé du capitaine qu’il fasse une formation coiffure et couleur ! N’ayant pas anticipé sur ce sujet, force est de constater qu’ Olivier a ses petites mèches blondes ensoleillées, comme c’est mignon, et moi moins …

Dans la panoplie de miss W-alter, on a pensé à quelques jolies robes et boucles d’oreilles pour les rares fois où on a l’occasion ou l’envie de se faire belle tout en évitant de nous couvrir de toutes sortes de coquillages, dents de baleine ou madras.

Maintenant vous imaginez que je vais subrepticement glisser sur l’épineux sujet du poids, que nenni ! Triste tropique ou triste vérité : pas de miracle !! Nage et crapahutage entretiennent le body … Quoique nous n’ayons pas encore mis un orteil dans les eaux fraîches des Açores ! En revanche, les balades sont à couper le souffle : « toundra » d’ici, murs végétaux, lacs, prairies, moulins, cascades, figues fraîches et fleurs bleues.

- « Mens sana in corpore sano ». On a entamé un dialogue avec les éléments, le grand tout, et quelquefois même le bon Dieu … Un peu comme Noé sur son arche quand c’est le déluge. On n’a pas forcément de révélation …On prend même le temps de ne penser à Rien, ça fait bizarre de passer de l’expresso au café léger léger …En tout cas, les romans, documentaires ou les films emmenés puis échangés font le sel de la vie, comme si on en manquait ! Toutes ces histoires nous enivrent presqu’autant que les vins … Faute d’horoscopes des magazines féminins, on se rattrape volontiers avec tous nos vœux aux étoiles filantes et les quarts sous la pleine lune !

En outre, à peine débarqués, nous découvrons la tradition des maisons du St Esprit : il n’y a pas que des nourritures célestes. Les Florentins offrent des repas conviviaux à toute la population telle une succulente soupe de poissons après un concours de pêche ou une viande au jus après avoir tué le Bœuf du village, énorme moment de solidarité ! Alors, on se rappelle naïvement qu’on a chanté depuis les Bahamas qu’ « on n’avait pas assez de gaz pour faire la route dans l’autre sens » ! Créativité, épices multiples, pêche, barbecue à 20 nœuds, tout y est passé … Un grand moment à bord a été de retrouver une plaque de choco-noisettes, peut-être un peu périmée, et d’un coup l’enthousiasme de Scrat dans « l’âge de glace » !

En direct des Açores, vous l’aurez compris, les mers de l’extrême ne sont pas encore pour nous mais l’aventure continue !

Bonne reprise aux Juilletistes et Bonnes vacances aux Aoûtiens .