Les petites Antilles sont dans le rétro, dernière escale aux Iles Vierges Britanniques (BVI), archipel qui forme de véritables lacs intérieurs, des champs de coraux et des vues de rêve, à nouveau nous avons eu le souffle coupé mais il faut aussi retenir que la moitié des cyclones antillais a sévi ici (nous nous sommes habitués à dormir dans un paysage de carte postale et à rester vigilants !)…

On change d’ambiance avec Cuba (c’est reparti pour une longue nav et les connexions seront plus que rares) … Juste le temps de regarder un peu en arrière : en habitués des launderies, nos tribulations c’est un peu la machine à laver en mode essorage, il faut penser au temps de séchage… Couleurs presqu’éclatantes sur nos filières et le temps au temps de s’imprégner des changements de teintes.

Le séchage c’est donc l’aubaine pour observer qu’on ne sait résister aux changements ! Nous avons pris le temps de nous demander ce qui a effectivement changé en nous depuis notre départ.

-       Nous prenons vraiment chaque jour comme un nouveau départ, avec les vents, la mer, et même nos accords mets-vin, rien n’est jamais acquis ! Tout reste à découvrir. Et s’apprivoiser en famille sur un bateau est un défi quotidien. Qui plus est, le capitaine (plus souple ?) a accepté de vivre cette saison aux Antilles afin que l’équipage s’amarine.

-       Nous sommes devenus un peu plus patients : une chose après l’autre. La patience ne veut pas dire ne rien faire mais se préparer à être prêts : à la vague, à l’apéro, au saut des dauphins, à un petit grain, à prendre un ris (diminuer la voilure car le vent est trop fort), à se lover dans le spi capricieux (la voile légère qu’on doit aider à ranger) …

-       Nous savons plus que jamais moduler nos espaces : la cuisine se transforme en bureau, le garde-manger est aussi notre chambre, la cave à vin est sous la ligne de flottaison… Bref on vit très bien dans plus petit qu’une maison !

-       Nous sommes sur un rythme plus proche du soleil, donc le capitaine se lève plus tôt en mer qu’à terre ! Et grâce à cela, nous sommes un peu hâlés…Toutes les couleurs (et les kilos en + ou -) nous vont mieux … Nous espérons aussi être progressivement moins terre à terre du haut du mât en lâchant quelques croyances inutiles du genre «  je ne vais pas y arriver » ! En tout cas nous sommes abonnés aux arcs-en-ciel et c’est toujours féérique de vivre loin des cieux bas et gris.

-       Nous plongeons pour nous laver à l’eau de mer  ou faire la vaisselle : en plein air, sur le pont, face à l’océan ! Est-ce qu’une douche (même italienne) pourra nous donner ces sensations ? Seules les sargasses peuvent nous agacer. Aux BVI, les contacts avec la population ont été plutôt réduits donc les enfants ont préféré se mettre à la plongée avec de nouveaux bateaux copains expérimentés … Un nouveau monde s’ouvre à eux.

-       Nous sommes nus pied ou à la rigueur avec des palmes ou des tongs … Plus de souci de hauteur de talons … quoiqu’Inès a réussi à essayer les «  souliers verts » de la meilleure chanson de Lynda Lemay ! Quant à enfiler un jean, on ne sait plus ce que c’est.

-       Au quotidien nos chiffres ont changé : combien de miles parcourus ? Quels sont l’angle et la force du vent ? Qui fera les quarts ? Quel est le taux de change entre l’euro et les monnaies locales ? Combien reste-t-il de kg de farine ou de litres de lait ? On ne peut plus parler de vitesse sans se faire des nœuds.

-       Nous n’utilisons plus de sèche-cheveux, de fer à repasser (quoique Olivier en a acheté un miniature pour les soirées chez les ambassadeurs ! ça change des Ferrero !) de télévision ou de jeux vidéo … sans nous sentir privés.

-       Nous faisons enfin de vraies listes de course … pour tenir plusieurs jours … sans oublier les bananes, le fruit roboratif qui a l’avantage d’avoir le même goût à l’ingestion qu’au retour éventuel. On invente beaucoup de recettes selon la pêche, les ingrédients locaux, les épices, l’humeur de la pâtissière en chef (Inès) …

-       Nous savons qu’un bateau neuf requiert chaque jour un peu de bricole auquel le capitaine se colle et pas mal d’entretien … c’est encore lui qui lève la grand-voile, exercice tonique et musclé dont il tire les bénéfices … le reste de l’équipage n’y parvient pas (encore) !

-       Nous songeons souvent, avec fierté, à nos partenaires et à les remercier de contribuer à nos Vents d’Anges, cette possibilité inégalée mesdames et messieurs d’aller à le rencontre de l’autre et de passer un moment inoubliable ; plus de bouchon mais toujours le bruit sympa du tire-bouchon.

-       Nous ne nous sommes pas débarrassés de tous nos défauts avouables : je continue de me ronger les ongles (en hyper sensible je suis toujours un peu secouée, sur W-alter c’est plus fort que les manèges à sensation quand même) d’autant qu’ils ont un petit goût salé… le capitaine fume toujours. Quant à la dualité-gémellité de nos ados, elle reste impressionnante.

 

Maintenant que nous avons intégré ces quelques changements et vécu notre adaptation, nous restons des contempl’actifs !

Les petits enjeux respectifs sont : que tout l’équipage sache naviguer (on est presqu’en conduite accompagnée puisque la barre se double de barres franches), la conduite de l’annexe (rien d’instinctif pour moi mais c’est plus vrombissant pour Henri et Inès), l’apprentissage de l’espagnol, la maîtrise du bluff au poker, le free style sur la bouée, développer la plus grande entraide familiale possible en assumant chacun ses particularités!

 

Certains que vous avez aussi quelques objectifs d’évolution dans les mois à venir, on vous souhaite évidemment « Bon vent (je dirai même plus, bons vins) matelot! »